666 667 club de Noir Désir
Prenez 10 fans de rock en français et demandez leur quel est leur album préféré de Noir Désir.2 vous diront que c'était mieux avant en vous citant une des trois premières galettes.
Celui qui les a vu 7 fois en concert vous dira que seuls les lives comptent.
Le fan inavoué de Radiohead répondra Des visages des figures.
Je suis le 10ème. Celui dont le chouchou est 666 667 club.
L'album commence par un morceau qui ressemble étrangement à une chanson cachée ou à une face B. Le truc pas vendeur par excellence : l'instrumental sauvage sur lequel le chanteur crie / hulule / fait son shaman déjanté suivant la façon dont vous voyez les choses. Sa voix s'entremêle avec la première intervention d'Akosh S. qui reviendra poser de ses clarinettes et autres stridences tout au long du parcours. C'est le titre à zapper pour découvrir ou faire découvrir le disque. Moi-même, au début, je ne l'écoutais pas à tous les coups. Maintenant, il me manquerait terriblement, il fait complètement partie de l'aventure. Et puis la rythmique est fantastique.
Viennent ensuite les deux morceaux politico-sociologiques : Fin de siècle et Un jour en France. Ils forment un tel diptyque que le premier fini sur un bref instrumental, histoire de casser le rythme. Le son est rock et débarrassé des scories noisy du passé. Ces deux titres sont, curieusement, à la fois moderne et indémodable (en tous cas, 10 ans après, ça n'a pas pris une ride). Malheureusement toujours d'actualité aussi: "il faut produire et reproduire encore" ou "quelques fascisants autour de 15%".
Puis, c'est A ton étoile, un titre que je trouve moyen. Par contre, j'aime bien sa version chantée en espagnol (Hasta tu estralla). Si vous tombez dessus au hasard de vos pérégrinations dans le internet, jetez-y une oreille…
Ernestine amène un peu de calme. Le morceau tient en grande partie sur ce violon tout simplement parfait.
Ensuite, c'est 2 minutes et quelques secondes de bonheur total. Comme elle vient. Un sprint, une explosion, un défouloir. Le morceau a chanté dans sa voiture, celui qui donne la pêche en toutes circonstance, la fusée, le réveil, la claque. Tout. Combien de fois ai-je hurlé "À se changer en roi, à hurler à la lune, à traquer la fortune…" Au passage, je ne sais toujours pas où B. Cantat voulait en venir mais ça n'a franchement aucune importance.
Les deux titres suivants (Les persiennes et Prayer for a wanker) auraient trouvé leur place sur Du ciment sous les plaines. C'est du Noir Désir pur jus, grave, riche et beau. A ce détail près qu'Akosh S. vient illuminer le final des Persiennes. Je serai bien incapable d'écouter un album entier de cet homme-là mais sur ce disque, je trouve que "ça le fait bien".
En ce sens, ces titres peuvent aussi être vus comme la transition entre l'ancien et le nouveau ND.
L'homme pressé est passé partout, je pense l'avoir entendu à peu près aussi souvent que Sunday bloody Sunday. Sauf que je ne m'en lasse pas. (Un certain Doc Gynéco en a même fait une reprise ...catastrophique.)
Lazy, deuxième morceau en anglais, est un excellent titre dont le final me fait invariablement penser à ce qu'en disant le groupe à l'époque de sa sortie: "on s'est aperçu que plutôt que de jouer tous à fond en même temps, on pouvait aussi le faire alternativement". Même si ce n'est pas exactement ce qu'on entend là…
A la longue est une chanson d'amour. Amour tumultueux, mais amour tout de même. La fin, tout en sous-entendu, me fait toujours sourire. Et puis Bertrand ne chante pas beaucoup mais sa voix complète parfaitement cette ambiance qui parvient à être à la fois délétère et poisseuse.
La transition entre Tostaki et 666 667 est marquée par le départ du bassiste Fred Vidalenc. Il laisse en partant un morceau magique et indescriptible. Ca s'appelle Septembre en attendant. Etrangement, il s'agit d'une sorte de piste permettant là aussi d'imaginer le visage du Noir Désir de 2001. (Indépendamment du fait qu'en 2001, j'ai attendu (le 11) septembre tout l'été puisque c'était la date de sortie du nouvel album...)
Un dernier morceau (Song for JLP) a été écrit et enregistré alors que le groupe bouclait l'album et apprenait la disparition de Jeffrey Lee Price, le chanteur du groupe américain Gun Club qui faisait partie des influences des bordelais. C'est une plainte rauque et minimaliste, éraillée. Pour revenir aux déclarations du groupe de l'époque, l'album ne contient aucune guitare acoustique… en dehors de celle-ci qui est en réalité une électrique débranchée.
Que dire de plus ? Eclectisme, intelligence, puissance, classe, tout est là. (Todo esta aqui).
A bientôt pour de nouvelles aventures !