J’avais une forte envie de participer au (fameux) crossover de Thom. J’ai d’abord pensé à
l’écrivain Nick Hornby qui a bâti une bonne partie de sa carrière sur la musique puis à Hit-Parade d’Arnaud Guillon, un agréable recueil de nouvelles au
cours desquelles une chanson joue un petit rôle. Et puis non, je manquais de conviction.
Le sujet m’est apparu très récemment, comme une évidence. Même si ce n’était pas gagné d’avance.
Le sujet est un disque, Billy the Kid de Kat Onoma. Un disque un peu littéraire mais surtout une grosse énigme pour moi.
Billy the Kid est, théoriquement, un concept album. Un disque dont tous les titres tournent autour du même personnage, c’est un concept album, non ? En pratique, il s’agit d’un simple fil d’Ariane et les strasbourgeois nous épargnent tous les écueils traditionnels du concept album : intro pompeuse, final ridicule et intermèdes destinés à recoller les morceaux. De toutes façons, je ne suis pas certain qu’un disque qui a besoin de transitions puisse être un bon disque...
Le sujet, c’est ... Billy the Kid, vous l’aviez deviné. La quasi intégralité des textes est issue d’un texte du poète américain Jack Spicer concernant notre hors-la-loi. On trouve aussi un texte navajo et des morceaux écrits par l’écrivain Pierre Alferi sous le pseudonyme de Thomas Lago mais toujours sur le même thème.
Voilà pour l’aspect littéraire de l’objet.
Ensuite, il y a l’énigme. Le truc qui m’échappe complètement, c’est pourquoi Kat Onoma n’a pas vendu des palettes et encore des palettes de ce disque, conquis l’Hexagone puis le monde ? Oui, pourquoi ?
On tient là une galette d’une richesse rare mais accrocheuse dès la première écoute. Ça semble tout simple et ça coule dans les oreilles (même si chaque écoute dévoile une nouvelle facette de ce trésor inépuisable). Plus de la moitié des titres sont des singles en puissance !!!
Alors pourquoi ?
Peut-être à cause du mélange des genres : pop, rock, blues et jazz.
Peut-être à cause de la stupide réputation intello du groupe.
Peut-être à cause du chant en anglais, en français et en espagnol.
Bêtises ! (Pour rester poli.)
Effectivement, les plages de cet album oscillent entre de nombreuses catégories musicales. Mais la cohérence est là, fascinante et l’effet (probablement) recherché atteint : un album cinématographique, bourré de climats et de paysages, tous très beaux. Suffit de fermer les yeux et hop, l’Amérique en couleur.
Effectivement, Rodolphe Burger a été prof de philo dans sa vie.
Kat Onoma, ça veut dire "Comme son nom l’indique", en grec.
De nombreux textes ont été écrits par des écrivains.
Deux membres du groupes viennent du jazz.
La musique de Kat Onoma est complexe, au sens de l’écriture musicale.
ET ALORS ? On s’en fout un peu de tout ça, non ? Ce qui compte, ce sont les chansons !
Effectivement enfin, le chant parfois âpre, parfois parlé, parfois caressant passe sans transition du français à l’anglais, d’un morceau à l’autre, parfois au sein
d’un morceau, les deux se superposant même à l’occasion. Personnellement, j’adore ça (la langue, les langues, c’est une des principales raisons de ma passion pour Stephan Eicher) et je ne pense
pas que cela puisse être un vrai barrage au succès commercial d’un bon album. La preuve, Billy the Kid est sorti en 1992, la même année que Tostaki qui fonctionne exactement sur
le même principe linguistique.
Je n'ai pas la réponse de cette enigme-là.
"C’est la radio qui m’a appris la mort de Billy", pfff, ferait mieux de nous passer des bons disques, la radio.
A bientôt pour de nouvelles aventures !



